Break fast with C215 | ALEXANDER DE QUERZEN

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© Photo by Alexander de Querzen

 

Je crois que la première fois que j’ai découvert Christian Guemy,  alias C215, c’était un peu par hasard, au détour de deux recueils de poésie : Le Livre Bleu et Le Livre Rouge. Textes par C215, illustrations par différents artistes, plus d’une centaine.

La seconde fois que je suis tombé sur lui, enfin, sur son art, c’était à Barcelone, il y a un peu plus de 5 ans.
Encore une fois, par hasard, au détour d’une ruelle.

Ensuite, je l’ai revu, un peu partout, toujours dans la rue, son lieu de prédilection, comme une sorte d’atelier à ciel ouvert.

Et un beau matin… (car il faut bien commencer le conte)…

Un beau matin donc,  me dirigeant en jetlag à mon bureau, j’ai la surprise de découvrir une nouvelle oeuvre. De lui, oui, c’est le sujet de cet article, merci de suivre.
Qui n’était donc pas là la veille, CQFD.
Et que donc Christian “était en ville”, CQFD bis.
Prise de contact, merci the social network.
On se met d’accord pour se voir en fin de matinée le lendemain, genre 14h30.


(ellipse temporelle)

Samedi. 15h.

La discussion s’engage. On commence tranquillement, sur le concept du pochoir, “qui répond à un moyen d’expression,  à une inspiration. Le pochoir permet à beaucoup de communiquer…”
Effectivement, on est début novembre, le mouvement des Indignés et #OccupyWallStreet est sur toutes les lèvres et on voit fleurir les messages contestataires dans la rue.
Lui, comme moi, on soutient le mouvement des 99%.

Après une mini-leçon d’histoire du graff, car “la rue a toujours existé (…) Les premières bombes de peintures existaient depuis les années 60” et qu’en même temps on parle du livre “Stencil History X”, on retombe sur nos pattes (et dans le vif du sujet) car “de plus en plus de gamins se mettent au pochoir car c’est une volonté de s’exprimer, qui va toujours être présente”.
Tout comme la protestation, l’iconographie du pochoir s’intègre dans un mouvement plus responsable, plus élaboré. “Grâce a internet, la technique devient accessible facilement,(…) technique qui (…) permet de poser facilement et rapidement un message clair.”

Le street art, au sens global, est un “mouvement qui a pris son essor via internet“ : il suffit de voir les nombreux sites diffusant les dernières photos des artistes, presque en temps réel, avec la location exacte, un peu comme une sorte de galerie en plein air…

On fait une petite pause, histoire de discuter de manière plus personnelle.

 

On parle de See No Evil, a Bristol, qu’on a raté tous les deux.

On parle du Mur, et je suis ravi de me noter ce spot.

On parle de Jef Aérosol et de son immense “Chut” exécuté en plein centre de Paris.

On parle des graffeurs (Paris toujours) qui essaye d’empêcher que leurs photos ne soient brûlées (argentiques, kids, on parle d’une époque que les moins de vingt ans ne peuvent connaitre)… Si c’était le cas, ces graffeurs verraient leur “book” disparaitre…
Sur ca, il ne “peux pas parler au nom des bombeurs” car il “peint sur des supports qu'(il) considère sans valeurs… C’est pas parce qu'(il) aime l’illégalité et qu'(il) aime le graffiti qu'(il) aime le vandalisme”…

Me rappelant la poésie que je vois dans ses peintures lorsque je me déplace, je ne peux qu’approuver.

Comme il le dit lui même, son travail “ est très proche de ce que fait un dj en discothèque, (il) fait des samples, des loops…”
A la limite de l’entertainment, le but est de faire en sorte que les gens apprécient.

On se calme svp.

Je me rappelle d’une série sur les clochards. Un thème classique, utilisé par Blek, Epsylon. Tout comme le graffiti, le clochard appartient à la rue…
Néanmoins comme il le dit lui même, c’est “un sujet digne d’attention,cohérent avec une prise de conscience…. On peut être généreux et humain, sans pour autant être radical. Je me base sur ma vie”

En parlant de vie : au départ, C215 c’était simple, c’était blanc,,, Puis c’est devenu une explosion de couleurs.
(Je le sais car je l’ai vu. Entre 2007 et 2011, boom!)

Du coup, question, “mais pourquoi?”
“C’est un peu comme la genèse, au début c’est une simple cellule et ensuite ca devient quelque chose de plus complexe”
Il faut avouer que le monsieur a raison (oui car a ce stade de la conversation, Christian est devenu un Monsieur), car le blanc a “un impact visuel très fort dans la rue : tu le vois de loin”
Autre chose : Christian se base aussi sur des “pochoirs très solides qui sont fait pour être utilise dans la rue, pas dans un studio…”

Intéressant…
On en revient au point de départ.

Cet art, ce type de dessin, ce “style C215”, ca vient d’où?

“C’est paradoxal de voir un truc qui était a la base très personnel, car la nuit où j’ai perdu ma grand mère, je me suis écroulé, c’est là que j’ai eu l’idée de ce style craquelé blanc, par une sensation de morcellement psychologique. Deux ans après, j’ai eu une méningite, j’étais dans le noir, j’avais une serviette sur la tête pour me protéger les yeux et je ne pouvais pas voir, c’est de là que m’est venu ce style ultra coloré. C’est amusant de voir une chose très personnelle devenir finalement conventionnelle…”

Comme il le dit lui même, “même si (il) se base sur une photo, le pochoir dépend du résultat, du ”truc” a dire. Un pochoir reste un dessin”. Une réinterprétation, surtout lorsqu’il n’y a  pas de filtres photoshop derrière.”
Un travail artisanal en quelque sorte, car “(il) fait tout a la main, depuis le départ,  il y  a un dessin derrière.”

Ce morcellement, cette sorte de kaléidoscope mental, Christian le réutilise dans la rue, son espace de prédilection. La volonté d’aller voir un peu partout, le besoin de peindre, c’est cette poésie la qu’il aime.
Raison pour laquelle je l’attrape a Barcelone, car il a un ami ici. Raison pour laquelle il a été peindre a Marseille. Cette sentimentalité fait qu’il “expose en permanence, a longueur d’année, sur internet et dans la ville.”

“Tout doit rester poétique, l’art, ca doit rester de la poésie, c’est la poésie qui fait l’art. J’aime bien peindre la ou je suis. Quand tu peins derrière toi, c’est du graffiti (de l’art), mais quand tu peins autour d’une expo, c’est lourd, c’est suspect, ca devient du marketing”

Je le laisse, ses pochoirs et ses bombes de peintures dans un sac, posé négligment a la terrasse d’un café, sachant déjà que demain de nouvelles images apparaitront a Barca.

 

Une chose de sure : je m’empresse de commander Stencil History X et Community Service, tout en réfléchissant au métier de galeriste du futur.

 

Links:

c215.com

alexanderdequerzen.com